Elliott, trois mois, super téteur de jour comme de nuit, a pris le pli de dormir... contre moi, le plus naturellement du monde. On a commencé à la maternité, autant pour se réchauffer que pour faciliter l'allaitement, et on a continué tranquillement, de retour à la maison, car c'était le meilleur moyen pour moi de me reposer : j'étais tout de suite là pour répondre à ses besoins (alimentaires, essentiellement), donc pas de cris inutiles au milieu de la nuit, au risque de réveiller toute la maison, pas de course effrénée dans les escaliers, au risque de louper une marche, pas de baby-phone à balader en permanence dans un rayon de 30 mètres, au risque de capter le réseau de celui des voisins (si si, j'vous jure, c'est possible : ça m'est déjà arrivé).
Aujourd'hui encore, à presque trois mois, Elliott fait ses siestes dans mes bras (ou dans l'écharpe), et dort le nez collé contre ma peau. Le seul changement que j'y ai vu, c'est qu'il est passé de "sur moi" à "contre moi" - ce qui, vu de l'extérieur, n'est rien, mais de mon point de vue marque une évolution, ne serait-ce que sur le plan de mon propre confort (dormir allongée à plat est quand même plus reposant que la tête dans le mur, calée tant bien que mal avec trois oreillers).
Mais "vue de l'extérieur", précisément, cette pratique dérange, quelle qu'en soit la raison (risque d'étouffement, ou surtout, risque "d'en faire un capricieux", un enfant gâté) : réactions semi-horrifiées de type "Il dort avec vous ????" (beurk c'est dégoutant !), prédictions catastrophiques ("oh mais c'est mauvais qu'il soit tout le temps sur vous, comment vous ferez quand il aura 18 ans ?"), et autres remarques en demi-teinte jonchent ces trois mois de cododo (néologisme français en traduction directe du co-sleeping anglais).
Malgré un certain flegme et une assez bonne imperméabilité à ce genre de remarques, un doute a fini par s'immiscer dans mon esprit : et si, effectivement, cette "pratique" (qui m'est venue le plus naturellement du monde, parce que j'étais à l'écoute de mon bébé et non de mes livres de puériculture) mettait en danger mon bébé ? Quelles séquelles - a priori graves - risquais-je de laisser à mon fils ?
D'où l'achat de ce livre*. Que je savais, plus ou moins, qu'il me rassurerait (ben oui, j'avais quand même lu la quatrième de couverture avant de l'acheter !) - sans cependant soupçonner à quel point il allait me conforter dans mes choix de maternage. On y apprend d'abord à quel point nos attentes en matière de sommeil de bébé sont irréalistes ; on y apprend ensuite que le cododo est une pratique universelle, répandue à travers le monde (et même dans des civilisations "développées" - oui, oui, parce que j'entends d'ici vos réflexions, que c'est une pratique de sauvages), y compris en France, mais on s'en cache !! On y apprend enfin les bénéfices du sommeil partagé, les différentes modalités de mise en œuvre et les réponses à faire aux réflexions désobligeantes les plus courantes... Et qu'à 18 ans, avec ou sans cododo, les enfants aspirent tous à la liberté !
Pour 4,90€, Claude-Suzanne Didierjean-Jouveau nous livre avec efficacité des informations assez passionnantes sur le sommeil des bébés. C'est un ouvrage court (lu en 2 heures environ) qui ne se veut pas exhaustif mais qui apporte des réponses aux parents qui se sentiraient coupables de pratiquer le cododo avec leur enfant. Je serais tentée de le conseiller aussi à ceux qui sont a priori "contre" le cododo, pour les aider à accepter des pratiques qui ne sont ni meilleures ni plus mauvaises, mais seulement différentes de celles qu'ils ont eux-même adoptées (ou à celles qu'ils adopteraient) pour élever leurs enfants.
NDLR : ma fille aînée (6 ans 1/2), qui n'a JAMAIS bénéficié du sommeil partagé après les 5 jours passés à la maternité m'a réveillée toutes les nuits (et jusqu'à 5 ou 6 fois par nuit !) jusqu'à 5 ans passés (et ça lui arrive encore occasionnellement, comme cette nuit par exemple), a peur du noir et a une forte propension à être capricieuse... Sans chercher à faire des syllogismes, je me dis que le "résultat" ne peut pas être pire avec un enfant cododoté !
* Partager le sommeil de son enfant, Claude-Suzanne Didierjean-Jouveau, éditions Jouvence, 2005.